mardi 4 juin 2013

Hoi An; la perle du Vietnam

Hoi An est souvent décrite comme étant la plus belle ville du Vietnam… Nous ne les avons pas toutes vues, mais en tout cas, celle ci vaut effectivement le détour. A l’origine il s’agissait du port le plus important de la région. Mais, à cause de l’ensablement de la rivière, il fût peu à peu abandonné au profit de Da Nang, la ville voisine. Isolé et ne présentant plus vraiment d’intérêt, il fût du coup épargné par les guerres… Ainsi, la ville est restée figée dans le temps, et dès les premiers pas, on a l’impression de revenir quelques siècles en arrière. On oublie alors très vite la dernière nuit et les 12 dernières heures passées dans un sleeping-bus bas de gamme, pliés en deux dans des couchettes qui consistent en fait en une espèce de sarcophage métallique prévu pour des êtres d’1m40 et dont le matelas en mousse plus que succinct ne recouvre même pas tout l’espace. Ces bus là aussi doivent datés du siècle dernier !!!
 
 
En tout cas Hoi An est vraiment magnifique. On prend plaisir à marcher dans ses rues étroites. On traverse doucement les allées bordées de petites maisons traditionnelles aux devantures boisées et de grandes bâtisses coloniales aux teintes pastelles rehaussées par les couleurs chatoyantes des fleurs et lampions qui les ornent. Quelques pagodes plus loin, on atteint le marché où, comme toujours, les odeurs des denrées se mélangent aux bruits des commerçants et des passants. Et enfin, on atteint les quais. On longe alors la tranquille rivière remplie d’embarcations de bois jusqu’à trouver l’ancestrale pont japonais qui mène à l’arrière ville et à l’ancien palais communal. Le tour de la ville en elle-même peut être fait en une heure à peine. Mais les trésors qu’elle renferme et l’atmosphère qui y règne nous ont fait rester 5 jours. On se sent vraiment bien ici, tout est beau, calme (car le centre est fermé à certaines heures aux voitures et scooters) et à dimension humaine.
 





 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La ville s’est spécialisée dans le négoce de tissus et la couture. Ainsi, beaucoup de maisons, quand ce ne sont pas des cafés ou des boutiques de souvenir, sont des ateliers tailleurs. L’attraction touristique principale est d’ailleurs de se faire tailler un costume sur mesure… Nous n’échappons pas à la règle.
 
 
Entre deux retouches, on profite aussi de la plage toute proche et des demeures traditionnelles transformées en musée. Le soir, nous squattons les terrasses des restaurants éclairées aux lampions et, pour certaine, les salons de massage... De bons moments de détentes après la frénésie des grandes villes.
 
 
Dans tout cela, nous n’oublions pas nos chères vieilles pierres et nous profitons d’une belle matinée pour nous rendre sur le site historique de My Son. Occupé par les Chams entre le IVe et le XIIIe, ce lieu n’était au départ qu’un sanctuaire qui se transforma peu à peu en une véritable ville, au point de devenir la capital religieuse de la Culture Champa. Malheureusement, contrairement à Hoi An, le site n’a pas su éviter les bombes américaines et, sur les près de 80 tours originelles, il n’en reste plus qu’une vingtaine, éparpillées dans un terrain bosselé, modelé par les impacts d’obus. Il faut donc pas mal d’imagination pour voir à quoi pouvait ressembler cet ensemble au XIIIe siècle. Mais le peu qui reste est tout de même très beau et l’on imagine assez bien le ressenti des premiers archéologues français lorsqu’ils ont redécouverts ces vestiges de briques et de pierres sculptées alors étouffés et disloqués par une végétation luxuriante. Malgré un guide à l’anglais approximatif, on apprend aussi beaucoup de chose sur cette Culture ancestrale et sur ses fondements hindouistes.
 



 
Ces cinq jours à Hoi An furent aussi l’occasion pour nous de rencontrer et d’échanger avec de nouvelles personnes, qu’il s’agisse de voyageurs ou de locaux. En bref, ce fut un réel moment de plaisir, passés dans une ville belle et paisible, avec des gens tout à fait charmants.
 
 

Nha Trang et la réussite économique

Après une nuit passée en train couchette, nous arrivons à la station de Nha Trang. Il est à peine 6h00 du matin quand nous atteignons le centre ville. Heureusement les vietnamiens sont des lève-tôt et déjà les rues commencent à se remplir. Beaucoup de locaux reviennent déjà de leur bain de mer matinal. Après un petit café, nous décidons nous aussi d’aller nous détendre dans la mer toute proche. Cette dernière est très agréable et c’est probablement l’heure idéal pour se baigner. Après le soleil devient trop fort et dès 9h00 du matin le sable commence à bruler les pieds. Il n’y a alors plus que les touristes pour venir braver l’astre céleste. De notre coté, il est plutôt l’heure d’un copieux petit déjeuner, à l’ombre, assis à la terrasse de l’un des nombreux cafés du bord de mer.
 
 
Nha Trang est une ville qui illustre parfaitement l’essor économique du Vietnam. La plage, propre et sublime, est investie par les bars, les parasols et les transats des immenses ressorts de luxe qui s’élèvent de l’autre coté de la rue. Ce cadre, sympathique malgré la laideur de certains hôtels, attire de plus en plus de touristes étrangers, notamment français, australiens et russes. La ville se développe alors peu à peu et commence à prendre des aspects de station balnéaire occidentale.
 
 
Le centre ville conserve son cachet asiatique avec ses immeubles étroits, ses innombrables boutiques, ses petits troquets et ses cuisines de bord de rue.  Mais les immenses cafés à l’architecture modernes et fashion jurent avec le reste et montrent une certaine forme de prospérité. Sous la forme de grands patios aérés et ombragés, ces câ-phés, caffés, ou encore kafés comme ils les appellent ici, servent d’oasis rafraichissante lorsque les rayons du soleil deviennent trop durs. Entre 13h et 15H, quand la température frôle les 40°C, la ville entre dans une sorte léthargie et se met à fonctionner au ralenti. Les étales sont vidés et même si la plupart des magasins restent ouverts, les gérants profitent de ce moment pour une petite sieste sous les ventilateurs. Ceux qui ne dorment pas prennent alors le temps de siroter un thé ou un café glacé dans l’un de ces bistrots tranquilles. La vie reprend ensuite peu à peu l’après midi et continue jusqu'à tard dans la nuit.
 
 
Pour mieux se rendre compte du quotidien des habitants de Nha Trang, il faut s’éloigner des sentiers touristiques  et monter un peu au nord, en direction du port. Là on retrouve les milliers de scooters garés sur les trottoirs, les ateliers en tous genres ouverts sur la rue, les cuisines de fortune à même le sol et tout ce qui fait le Vietnam. L’agitation de la ville contraste avec le calme du port, juste derrière, avec tous ces bateaux de pêche à la coque bleue, bien alignés.
 





 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
De l’autre coté de la rivière se trouve le site Cham de Ponagar. Cet ancien lieu de culte, bien que petit, à tout de même de jolies choses à montrer. On y trouve une série de quatre tours ayant servies de temples aux cultes des différents dieux de la Culture Champa. Cette civilisation, originaire des confins de l’Inde a régnée (par intermittence) sur la région entre le IIe et le XVIIe siècle, apportant avec elle ses savoirs et ses traditions. On retrouve alors ici la forme et la philosophie dualiste des temples hindouistes avec, aux cotés des Bouddhas, des sculptures des dieux hindous tels que Shiva et Visnu. Même si les percepts philosophico-religieux de la culture Cham ne sont plus vraiment enseignés au Vietnam, le lieu reste très fréquenté par les Bouddhistes qui continuent d’y pratiquer leur culte. Très fréquentés aussi par les touristes, Ponagar attire en même temps les petits artistes, talentueux au demeurant, qui viennent y faire des animations ou vendre leurs œuvres.
 



Excepté ce petit bijou historique, la ville de Nha Trang n’a pas de grande valeur culturelle. On y vient surtout pour se reposer et prendre du bon temps le long de son immense plage.


Saigon: Une saturation sensorielle

Nous arrivons à Saigon en plein jours fériés et comme l’indique les affiches placardées un peu partout dans la ville, c’est la fête de l’indépendance. La ville nous semble en ce jour plutôt calme et décontractée, car ce long week-end férié est l’occasion pour les locaux de se reposer et de rester chez eux
 
 
Ainsi, la ville connait une sorte d’accalmie pendant quelques jours et ce n’est qu’une fois les festivités terminées qu’elle reprend son vrai visage, celui d’une ville boulimique et frénétique dans laquelle tous le monde se mélange et se bouscule dans un brouhaha infernal. Saigon est une fourmilière encombrée et tonitruante dans laquelle tous nos sens explosent.
 
 
La première chose qui frappe c’est le bruit. Saigon est une ville qui a de la voix et ses habitants y sont pour beaucoup. Outre les innombrables et parfois lassantes interpellations que les moto-taxis et les vendeurs de rue réservent aux touristes, les vietnamiens en eux même sont bruyants. Ils causent, ils rient et débattent beaucoup. On les sent généralement bon-vivants et ils aiment à se retrouver sur le bord de la route, autour de leurs mini-table, à manger un pho, à boire un café glacé et à jouer aux cartes ou aux dames. On les rencontre aussi beaucoup dans les parcs municipaux à s’amuser devant un match de badminton ou de "foot-volley". Les enfants et écoliers ne sont pas plus sages et ils sont partout, jouant et criant à tue-tête, sans se soucier de ce qui les entoure. Tout ce petit monde est bien affairé et ça procure à la ville une surprenante énergie.
 
 

 


Ceci dit, le fait que les gens parlent fort n’est pas si étonnant que ça : Il faut du coffre pour couvrir le bruit des scooters et des mobylettes. Les deux-roues sont partout. Montés du cavalier solitaire à la famille complète, ils jaillissant de tous les cotés et de tous les sens. Le code de la route n’a pas vraiment de sens ici et seules les grandes avenues semblent avoir assez d’autorité pour imposer un minimum de règles à cet essaim bourdonnant. Malheureusement celles-ci n’ont pas encore assez de pouvoir pour les empêcher de klaxonner toutes les deux secondes. Dans toute la ville, ça communique à grands coups de trompette au point que ça en devient fatiguant. De même, chaque feu-tricolore ressemble à un départ de grands-prix au devant duquel s’entassent tous ces engins,  alors prêts à bondir sur le dernier piéton qui s'est risqué à traverser la rue tardivement. Et quand ils n’envahissent pas la route, ils squattent les trottoirs. Garés n’importe comment aux pieds des immeubles, ils ne laissant souvent qu’un accès réduit aux portes des boutiques, hôtels et restaurants. Ici, le deux-roues est roi… et gare au piéton !
 
 

Mais peut être plus encore que le bruit, ce sont les odeurs qui accaparent l’esprit. A Saigon, on cuisine dans la rue, souvent à même le sol, si bien que ça sent la soupe et la viande un peu partout. Aux abords des marchés, les saveurs explosent et à coté des épices et herbes aromatiques, les étales de fruits et les légumes frais libèrent peu à peu leurs senteurs tandis que, plus loins, les effluves de poisson s’évertuent à gâcher la magie du moment. Tout est comme ça, en nuances et en contradictions. Et il en va de même pour leur cuisine où la viande et les légumes subtilement préparés s’agrémentent en général d’une sauce de poisson aux relents nauséabonds. Seules les grandes artères font l’unanimité. Par force ou par choix, il n’y a pas de cuisine de rue le long des boulevards principaux, seulement des restaurants. Du coup dehors ça sent les gaz d’échappement. On se rend alors compte que les petites rues aux senteurs exotiques sont tout de même plus sympathiques même si certains parfums, alors accentués par la chaleur, ne sont pas vraiment à notre goût.
 
 
Visuellement, on ne peut pas dire que Saigon soit une jolie ville. Contrairement à Bangkok, elle n’est pas en chantier permanent et elle semble plutôt figée dans son développement. Il y a peu de grandes et pompeuses tours de verre. La plupart des immeubles sont étroits, hauts d’une petite dizaine d’étages et collés les uns aux autres. Beaucoup sont de style Art-Nouveaux, typique des années 30, mais certains, plus modernes, adoptent une architecture plus brute et un peu plus austère. Seuls les anciens bâtiments coloniaux et les centres commerciaux ultramodernes semblent jouir d’une certaine liberté et d’un certain espace. Ainsi, la ville se distingue par ses deux types de rues. D’un coté il y a les grands boulevards à l’européenne, ombragées et bordées de galeries commerciales qui débouchent sur de grands monuments à la française. Et de l’autre, les ruelles populaires, plus étriquées, au devant desquelles s’élèvent de vieux immeubles en béton bardés d’installations électriques labyrinthiques. Dans tout cela, ce qui manque le plus, ce sont les couleurs. Tout semble gris et le vert des jardins, le rouge des affiches et les néons scintillants des vitrines ne suffisent pas à faire vibrer les façades ternes et décrépie des vieilles bâtisses.
 

Comme pour compenser ce manque d’éclat, les temples sont à l’inverse colorés et surchargés. On ressent parfaitement les influences chinoises dans l’architecture et les motifs décoratifs des bâtiments. De même à l’intérieur, les Bouddhas paraissent moins solennels qu’en Thaïlande et ils sont souvent accompagnés de génies ou de divinités étranges issus de l’hindouisme, du confucianisme ou du taôisme. Les ex-voto vivants à l'image des tortues peinturlurées de la pagode de l'empereur de Jade rajoute à l'étrangeté des lieux. Il résulte de tout ça un joyeux mélange vif et coloré qui vacille entre le kitch et le zen !
 


 
Saigon n’est pas une ville accessible. Son charme est intérieur et il faut casser plusieurs carapaces pour l’apprécier. Cependant, même si l’on arrive à cela, il reste difficile de faire abstraction des stigmates que les années de guerre et d’isolement ont laissé sur la population. La pauvreté reste très présente et beaucoup de gens vivent de peu. Il y a de tout à Saigon, du bon et du moins bon, et il faut d’abord accepter cela pour comprendre et apprécier la ville.